« Or interdit » : quand les Syriens en France se heurtent aux algorithmes des sanctions

Entre conformité bancaire et soupçons de discrimination dans les marchés français des métaux précieux

Dans une scène qui résume les contradictions de l’après-sanctions, des ressortissants syriens installés légalement en France continuent de se heurter à des refus automatiques lorsqu’ils tentent d’acheter de l’or dans certaines enseignes françaises. Malgré l’assouplissement officiel des sanctions européennes contre la Syrie, les systèmes de contrôle utilisés par plusieurs commerçants semblent encore considérer les Syriens comme des clients « à risque ».

Une enquête de terrain menée à Paris révèle qu’un citoyen syrien a récemment vu l’achat d’une simple pièce d’or de cinq grammes bloé dès la présentation de sa pièce d’identité syrienne. Selon les informations recueillies, un message d’alerte est immédiatement apparu sur l’écran du vendeur : « Pays sur liste noire – transaction à bloquer ».

L’incident s’est produit dans une succursale de Godot & Fils, l’une des principales sociétés françaises spécialisées dans l’achat et la vente de métaux précieux.

Une logique automatisée plus forte que l’évolution du droit

Le point le plus controversé dans cette affaire réside dans le fait que le logiciel invoque toujours l’existence d’une « interdiction d’exportation de l’or », alors même que les sanctions européennes visant la Syrie ciblaient essentiellement certaines entités économiques et opérations commerciales spécifiques, et non les achats personnels effectués par des résidents sur le territoire français.

Depuis mai 2025, l’Union européenne a pourtant engagé un allègement important de ses sanctions économiques sectorielles contre la Syrie, ouvrant la voie à une normalisation progressive de certaines activités commerciales et financières.

Mais sur le terrain, la réalité semble différente. Les systèmes de conformité utilisés dans les banques, sociétés financières et commerces spécialisés tardent à être mis à jour, laissant place à des interprétations extrêmement prudentes des règles anti-blanchiment.

La peur de TRACFIN et la politique du « risque zéro »

Selon plusieurs spécialistes interrogés, les entreprises françaises du secteur des métaux précieux craignent avant tout les sanctions administratives liées à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement illicite. Les contrôles exercés par TRACFIN poussent de nombreux acteurs économiques à adopter une stratégie de « risque zéro ».

Dans la pratique, cette approche conduit parfois à des refus automatiques fondés davantage sur la nationalité du client que sur la nature réelle de la transaction.

Des employés interrogés sous couvert d’anonymat confirment que ces consignes sont souvent centralisées et intégrées directement dans les logiciels internes des enseignes. Les vendeurs disposent alors de très peu de marge d’interprétation face aux alertes affichées par les systèmes.

Une « zone grise » juridique

Cette situation crée un malaise grandissant parmi les Syriens vivant en France, notamment ceux disposant d’un titre de séjour régulier ou du statut de réfugié.

Des juristes estiment qu’il existe aujourd’hui une véritable « zone grise » entre les décisions politiques européennes et leur application technique dans les systèmes commerciaux et bancaires. Les bases de données de conformité, souvent alimentées par des prestataires privés internationaux, ne suivent pas toujours immédiatement les évolutions diplomatiques.

Résultat : des citoyens ordinaires continuent d’être traités comme des profils interdits, alors même qu’aucune mesure judiciaire ou administrative individuelle ne les vise.

Des interrogations sur l’égalité de traitement

L’affaire soulève désormais des questions sensibles autour du respect des principes d’égalité et de non-discrimination en France. Un commerce peut-il légalement refuser une transaction personnelle uniquement en raison de la nationalité du client ? Une alerte informatique peut-elle suffire à priver un résident légal d’un acte d’achat ordinaire ?

Pour plusieurs défenseurs des droits humains, ces pratiques illustrent les dérives possibles des systèmes automatisés de conformité financière, où les algorithmes deviennent parfois plus puissants que l’évolution réelle du droit.

En attendant une clarification officielle, de nombreux Syriens vivant en France continuent de se sentir « suspects par défaut » face aux mécanismes numériques de contrôle financier.

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